La stimulation de l’intention verbale par le geste (4)

Avant de poursuivre, je vous signale que j’ai légèrement modifié les messages précédents sur ce sujet. Je les ai rendus un peu plus redondants et ce afin, je l’espère, de les rendre plus accessibles et plus directement en relation avec la présentation qui suit. Ceci ne change rien au fait que ce travail est celui de Caroline Lebleu que je remercie encore pour son investissement à résumer ces articles pas vraiment « faciles ».

Crosson, B., Bacon Moore, A., Gopinath, K., White, K., D., Wierenga, C., E., Gaiefsky, M., E., Fabrizio, K., S., Peck, K., K., Soltysik, D., Milsted, C., Briggs, R., W., Conway, T., W. and Gonzalez Rothi, L., J.  Role of the Right and Left Hemispheres in Recovery of Function during Treatment of Intention in Aphasia, Journal of Cognitive Neuroscience, 2005, 17:3, pp. 392-406.


   Cette recherche présente également deux types de traitement en tâche de dénomination d’images. L’un porte sur l’intention (méthodologie déjà exposée précédemment) et l’autre sur l’attention. Celui de l’attention était proposé dans un deuxième temps et les auteurs précisent qu’il ne suscite pas le composant de l’intention (mais voir ici). La nouveauté de cette recherche est le suivi de l’évolution des patients par imagerie cérébrale (IRMf), ici en tâche de production de mots. Le traitement de l’intention consiste donc en une tâche de dénomination d’images, couplée à l’exécution d’un mouvement complexe de la main gauche dans l’hémi-espace gauche des sujets. L’étude porte sur deux patients aphasiques (chroniques) non fluents présentant une anomie modérée.

Les auteurs partent de deux hypothèses. D’une part, si l’aphasie non fluente est liée à un trouble intentionnel, ces patients devraient présenter une amélioration de leurs performances avec le traitement de l’intention mais pas avec celui de l’attention. Et d’autre part, des déplacements de l’activité de la pré-SMA et de l’aire frontale latérale de l’hémisphère gauche vers l’hémisphère droit devraient être visibles par IRMf, entre les périodes pré-traitement et post-traitement.

Les résultats de la recherche pour le premier patient sont les suivants. Les auteurs constatent une amélioration des performances pour le traitement de l’intention mais pas pour celui de l’attention. Cette observation confirme l’hypothèse 1.

En ce qui concerne l’imagerie cérébrale, pour ce qui est de l’activité frontale, les mesures pré-traitement montrent une activité nettement supérieure de la pré-SMA gauche par rapport à la pré-SMA droite. De plus, les auteurs relèvent une activité semblable (pas de différences significatives) des lobes fronto-latéraux gauche et droit.
Les mesures post-traitement indiquent une importante augmentation de l’activité frontale médiane droite et surtout de l’activité frontale latérale droite (activité accrue dans la pré-SMA gauche mais surtout droite – il n’y a plus de supériorité de la gauche sur la droite comme en pré-traitement, dans le lobes fronto-latéraux -surtout à droite, dans les noyaux gris centraux, les thalamus, les noyaux caudés dorsaux gauche et droit). L’activité du lobe frontal latéral gauche a légèrement diminué alors que celle du lobe frontal latéral droit a plus que doublé. Cette dernière observation confirme l’hypothèse 2.

Concernant l’activité paralimbique (sous-corticale) et corticale postérieure, les mesures pré-traitement indiquent que seules deux régions postérieures sont actives. Il s’agit du gyrus parahippocampique droit et du cortex associatif visuel gauche. Les ganglions de la base gauches et le thalamus gauche sont donc inactifs !!! Par contre, en post-traitement, les auteurs relèvent une activité globalement plus importante. Ainsi, les cortex associatifs visuels gauche et droit sont actifs. Une activité paralimbique gauche et droite est présente également. Mais surtout, d’autres aires traditionnelles du langage sont actives au sein de l’hémisphère gauche, tels que le gyrus supramarginal, le gyrus angulaire, le sulcus temporal supérieur et le gyrus temporal supérieur. Les auteurs remarquent aussi une activité post-traitement dans le precuneus gauche qui n’était pas présente en période pré-traitement. Et enfin, le sulcus temporal supérieur droit se montre actif en post-traitement.

Globalement, pour ce patient 1, le traitement de l’intention s’est avéré efficace alors que le traitement de l’attention spatiale s’est révélé inefficace. Et le traitement de l’intention s’est accompagné :
– d’un transfert maximal de l’activité de la pré-SMA gauche vers la pré-SMA droite (passage d’une activité fortement latéralisée à gauche à une absence de latéralisation gauche-droite) et
– d’une latéralisation droite de l’activité des structures fronto-latérales alors qu’il n’y avait pas de latéralisation en pré-traitement.

Pour ce qui est du second patient, les auteurs ont remarqué une amélioration de ses performances pour les deux types de traitement. Par conséquent, l’hypothèse 1 n’a pas été validée.

Par ailleurs, les données d’imagerie cérébrale disponibles pour les régions frontales en pré-traitement montrent, contrairement au patient 1, une activité prédominante au sein des structures fronto-latérales et fronto-médianes droites. Les mesures post-traitement indiquent une légère diminution de l’activité des structures droites (pré-SMA droite et lobe frontal latéral droit). Il est également question de l’apparition d’une activité nouvelle dans la pré-SMA gauche. Cependant, malgré la diminution de l’activité, la latéralisation du langage s’effectue tout de même à droite. Au temps post-traitement, une activité est également relevée dans le noyau caudé droit. Et enfin, une activité apparaît dans les noyaux gris centraux, surtout gauches.

L’imagerie cérébrale par IRMf des structures paralimbiques et corticales postérieures en pré-traitement montre que l’activité corticale postérieure domine dans le système visuel. Ici, les auteurs ne constatent pas de latéralisation significative de l’activité. De plus, les lobes pariétaux gauche et droit, ainsi que les régions paralimbiques gauches et droites sont actifs !!!

Après le traitement, les auteurs notent la présence d’une activité dans les aires traditionnelles du langage de l’hémisphère dominant. Il s’agit du gyrus angulaire gauche, du gyrus supramarginal gauche, et du gyrus temporal supérieur gauche. Bien qu’une petite activité se présente dans le gyrus supramarginal droit, les auteurs constatent une nette latéralisation à gauche. L’activité du cortex visuel gauche et droit est réduite et s’est latéralisée à droite lors des mesures post-traitement. Et enfin, les auteurs ne relèvent pas d’activité paralimbique post-traitement, mais une activité dans le lobe pariétal droit.

Globalement, pour ce patient 2, les deux thérapies ont été efficaces et se sont accompagnées :
– d’une diminution de l’activité frontale droite mais, alors qu’elle était déjà complètement latéralisée à droite en pré-traitement, elle le reste en post-traitement pour les structures fronto-latérales et devient équivalente à gauche et à droite pour les structures fronto-médianes.

Comme interprétation de ces différents résultats, les auteurs concluent que les deux patients ont mis en place différents mécanismes sous-jacents à l’amélioration de leurs performances langagières lors des traitements proposés. Ainsi, trois nouvelles hypothèses sont proposées de manière à expliquer les résultats.
– Premièrement, le traitement de l’intention reposerait bien sur deux phénomènes. D’une part, le transfert des procédures de production du langage vers le lobe frontal droit. D’autre part, la formation d’associations entre ces procédures nouvellement établies pour la production des mots dans le cortex frontal droit et l’existence de connaissances lexico-sémantiques dans l’hémisphère postérieur gauche.
– Deuxièmement, si les noyaux gris centraux de l’hémisphère gauche sont intacts (comme chez le patient 2 dont les fonctions de production du langage étaient déjà latéralisées à droite lors des mesures pré-traitement), ils peuvent participer à la suppression de l’activité frontale latérale gauche et, ainsi, faciliter le transfert des procédures de production du langage dans le lobe frontal droit. Si ces noyaux gris centraux gauches sont détruits (patient 1), l’évolution spontanée de l’aphasie ne peut conduire à une latéralisation prédominante à droite des fonctions de production du langage.
– Et troisièmement, le traitement de l’intention (tel que décrit ici) proposé aux patients aphasiques non fluents chroniques demanderait nécessairement un savoir lexico-sémantique préservé dans les structures de l’hémisphère postérieur gauche.

Pour ce qui est du second patient, les auteurs ont pensé que ses performances étaient représentatives du deuxième phénomène (hypothèse 1), dans lequel des associations se sont formées entre les patterns moteurs de la région frontale droite et le savoir lexico-sémantique. Selon eux, la réduction de l’activité frontale latérale droite et de la pré-SMA droite pourrait même indiquer une augmentation de l’efficacité des mécanismes de production du langage au sein de l’hémisphère droit. En effet, l’utilisation du savoir lexico-sémantique de l’hémisphère gauche ne s’est manifestée qu’à la période post-traitement par l’engagement des mécanismes périsylviens postérieurs gauches, ou plus précisément du gyrus temporal supérieur, du gyrus angulaire et du gyrus supramarginal (par ex. Alexander, 2003).

Les résultats pré-traitement de cette recherche ainsi que ceux de l’étude réalisée par Kim, Ko, Parrish, and kim (2002, cités par Crosson et al., 2005) montrent que la latéralisation de la production du langage vers l’hémisphère droit se produit chez les patients qui présentent des lésions du cortex fronto-temporal gauche alors que cette latéralisation de l’activité frontale ne se produit pas lorsque les lésions incluent les noyaux gris centraux gauches. Par conséquent, la préservation des noyaux gris centraux gauches pourrait permettre le transfert naturel des mécanismes de production du langage vers le lobe frontal droit. Et ceci sans le recours à un traitement spécifiquement désigné à promouvoir ce transfert. Or le premier patient présentait une lésion des noyaux gris centraux gauches et du thalamus, ce qui explique l’utilité d’une telle rééducation dans ce cas. De plus, l’importante activité des mécanismes frontaux latéraux droits peut donc atténuer les interférences de l’activité frontale gauche résiduelle lors de la production de mots.


On ne parle sans doute pas de ceci ici :

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