Cocchini et al., 2001

Titre: The Fluff Test: A simple task to assess body representationneglect.
Auteurs: G. Cocchini, N. Beschin and M. Jehkonen
Revue: Neuropsychological Rehabilitation, 2001, 11 (1), 17-31
Les auteurs commencent par rappeler que le syndrome de négligence spatiale unilatérale (SNU) est un syndrome très hétérogène qui implique des aspects cognitifs visuo-spatiaux distincts, ce qui suggère la nécessité d’en analyser les variétés de façon spécifique.

Ils tentent également de cerner la différence entre « autotopoagnosie » (l’incapacité à localiser les parties du corps sur son propre corps mais pas dans le domaine extra personnel).
L’autopoagnosie a été observée en association avec une négligence mais certains auteurs l’interprètent comme un trouble de l’organisation conceptuelle du schéma corporel plutôt que comme un trouble spécifiquement visuo-spatial. L’autopoagnosie et la négligence personnelle seraient dès lors deux manifestations différentes de déficits situés à des niveaux différents d’un système multiple de références de notre connaissance du corps.


Cocchini et coll. récapitulent alors les tests existants qui permettent de mettre en évidence les troubles de la représentation du corps en cas d’héminégligence (voir les messages précédents sur PONTT). Très justement, ils notent que toutes les tâches proposées jusqu’ici se focalisent sur la face. Le reste du corps est ignoré dans les tests (si ce n’est dans le test de Bisiach qui, malheureusement, étudie plus les aspects proprioceptifs que la connaissance de l’existence des membres).

Quant aux tâches utilisées pour tester l’autotopoagnosie (désignations et dénomination), elles sont sensibles à des troubles du schéma corporel en cas de lésions pariétales gauches chez des patients non héminégligents. Par ailleurs, en cas de SNU, la co-occurrence d’une négligence perceptuelle et d’une réduction de sensibilité proprioceptive de certaines parties du corps peut affecter les performances aux tâches si les stimuli sont visuels ou tactiles.


Un nouveau test clinique est donc mis au point, le Fluff test :

24 cercles de 2 cm de diamètre en carton blanc sont munis d’un velcro afin de pouvoir les attacher facilement et sans grande pression sur les vêtements.
Les sujets sont invités, yeux bandés, à les enlever tous : trois à droite et trois à gauche de la ligne médiane sur le torse, six sur le membre inférieur droit et six sur le gauche, six enfin sur le membre supérieur gauche (pour les patients LHD qui se servent de la main droite) ou droit (pour les patients LHG qui se servent de la main gauche).
Les yeux des sujets (qui ne connaissent pas le nombre de cercles) sont bandés pendant que quelqu’un lui colle les cercles et qu’un autre lui parle pour le distraire. Le test se termine lorsque le sujet dit avoir terminé.


Tous les sujets de l’étude ont aussi été soumis aux tests du peigne et du rasoir/maquillage (ci après le PRM) de Beschin et Robertson.
Enfin, les sujets devaient réaliser deux dessins de mémoire (une horloge et une marguerite), et ce afin d’obtenir une mesure simple de la négligence «représentationnelle» extra personnelle (au même titre que le test des horloges de Grossi et al. – Brain and Cognition, 1989 – que je vous présenterai sans doute un de ces jours).



27 patients LHD (dont 14 présentent une héminégligence extra personnelle) et 11 LHG sans héminégligence extra personnelle ont participé à cette étude et ont été testés deux fois à 15 jours d’intervalle.
38 sujets de contrôle ont également été testés (27 comme les patients LHD et 11 comme les patients LHG).



Les résultats indiquent tout d’abord que les deux groupes de sujets de contrôle ne diffèrent en aucune façon (pas d’effet significatif de la main utilisée, pas de différence significative entre les performances à droite ou à gauche du corps et, enfin, pas d’interaction).

Les patients (LHD et LHG) ne diffèrent pas des sujets contrôles lorsque l’on considère les performances du côté ipsilatéral à la lésion.


Les auteurs utilisent alors une procédure de score limite des sujets de contrôle (cut-off score) les conduisant à considérer comme pathologique (indiquant une négligence personnelle) tout score en deçà de 13 sur les 15 cercles situés du côté controlatéral à la lésion.

En fonction de ce critère, 12 des 27 patients LHD peuvent être considérés comme déficitaires au Fluff test. 10 d’entre eux font partie de 14 qui présentent aussi une négligence extra corporelle (ce qui signifie que 4 patients présentent une négligence extra personnelle sans négligence personnelle) et 2 n’en présentent pas (ils ont une négligence corporelle sans négligence extra personnelle).
Il est important de noter que, parmi les 14 patients LHD qui présentent une négligence extra corporelle, 8 ne sont pas déficitaires au test « PRM » du peigne et du rasoir/maquillage (la corrélation entre les deux tests – Fluff et PRM – est d’ailleurs très faible). 5 de ces 8 patients sont cependant en déficit au Fluff. Ceci permet de conclure, au moins pour ces patients, que leurs mauvais résultats au Fluff ne peuvent être dus à une hypokinésie directionnelle ou, si vous préférez, à une négligence motrice.

Pour les patients LHG, 2 des 11 sujets présentent des scores pathologiques pour les cibles controlatérales au Fluff.

Par ailleurs, on ne note que des corrélations assez faibles entre les résultats au Fluff et les résultats aux tâches de négligence extra personnelle.

Enfin, si l’on considère des variables telles que l’âge, le niveau socio-culturel et le sexe, seul l’âge est significativement en corrélation avec les performances au Fluff.
Par ailleurs, le coefficient de corrélation entre test et retest au Fluff est élevé.


Signalons encore que 5 patients sont déficitaires au Fluff mais pas au PRM, 4 autres patients présentant la dissociation inverse. Un de ceux-ci (NL, décrit par Beschin et al., 1997, Cortex, pp. 3-26
était en échec au Fluff et au test de dessins sans avoir le moindre problème aux tests perceptuels.
Et, 5 patients présentaient une négligence au test de dessins de mémoire sans être en échec au Fluff alors que 4 présentaient une dissociation inverse.



Cette étude tend à démontrer l’utilité clinique du Fluff (je suppose que son nom vient du bruit que font les cercles lorsqu’on les décolle…) dans la panoplie des tests d’héminégligence, et ce afin d’établir la présence ou non d’un trouble de la représentation mentale du schéma corporel et les aspects comportementaux de la négligence personnelle.
Le peu de corrélation entre ce test et les tests extra personnels vient appuyer l’idée que des systèmes attentionnels différents sont impliqués dans les domaines personnels et extra personnels.
Par contre, il peut sembler étonnant qu’il y ait aussi peu de corrélation entre le Fluff et le PRM. Il se pourrait en fait que les deux tests explorent des processus différents liés à la représentation du corps propre. Le Fluff serait plus sensible à un véritable trouble représentationnel qui empêche une analyse des différentes parties du corps et de leurs relations spatiales. Quant au PRM, une représentation claire de la face ne serait pas forcément nécessaire pour le réaliser. En ce sens, le patient NL est intéressant puisqu’il peut être décrit comme résultant d’un déficit représentationnel pur non limité à l’espace personnel (description d’endroits familiers, de lieux géographiques et tâches de dessins en mémoire, rappel différé de scènes complexes, …). NL est en échec au Fluff et au PRM, mais il n’éprouve plus aucun problème au Fluff lorsque celui-ci peut être réalisé avec les yeux ouverts !!!


L’étude tend aussi à confirmer que certains patients LHD ont un trouble spécifique de la « représentation » du corps (mauvais au Fluff et bons au PRM).

Quant aux patients LHG, deux présentent un déficit au Fluff. Ceci irait dans le sens de l’étude de Peru et Pinna présentée dans un message précédent sur PONTT. Il faut noter que ces deux patients n’étaient plus en difficulté lors du retest au Fluff, suggérant à nouveau des mécanismes différents de récupération après lésion hémisphérique gauche et droite.



http://www.psypress.co.uk
http://www.tandf.co.uk/journals/pp/09602011.html
Bill

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