Cappelletti et al., 2002 (démence sémantique et représentation des nombres)

Titre: Why semantic dementia drives you to the dogs (but not to the horses): A theoretical account.
Auteurs: Marinella Cappelletti, Michael Kopelman & Brian Butterworth
Revue: Cognitive Neuropsychology, 2002, 19 (6), 483-503

 

Les auteurs présentent l’étude d’un patient de 65 ans, IH, souffrant d’une démence sémantique qui évolue depuis quatre ans. Globalement, les capacités intellectuelles, mnésiques et exécutives de IH sont préservées lorsque les tâches sont non verbales. Les troubles de la compréhension sont cependant très importants et, si son langage est fluent et syntaxiquement correct, il est vide et répétitif.

Les représentations conceptuelles ou sémantiques de IH sont très largement altérées pour toutes les catégories d’objets vivants et manufacturés. Cette détérioration sémantique est mise en évidence dans toutes les tâches verbales et, dans une moindre mesure, dans les tâches qui n’impliquent que le traitement d’un matériel pictographique (appariement d’images, catégorisation, …).

Cependant, une préservation quasi complète de ses connaissances numériques est enregistrée (comptage, calcul, transcodage, comparaisons de nombres). Et on note qu’il continue à parier dans les courses de lévriers (lesquels sont en Angleterre désignés par un numéro) alors qu’il a abandonné les courses de chevaux (qui sont désignés par leurs noms).

Sans entrer ici dans les détails des épreuves proposées, l’étude tend à démontrer que :
– Ses troubles de la mémoire sémantique se répercutent sur la lecture et l’écriture des mots. Les voies d’assemblage sont également très altérées tant en écriture qu’en lecture de logatomes. On ne note par ailleurs pas de meilleures performances pour les mots réguliers que pour les mots irréguliers. Et il apparaît que IH ne peut lire des mots que s’ils sont encore compris, c’est-à-dire s’ils sont représentés au niveau sémantique.
– La lecture des nombres arabes et des nombres écrits alphabétiquement (cardinaux et ordinaux) est par contre largement préservée. Diverses épreuves montrent que cette dissociation ne peut s’expliquer par un effet de fréquence, de régularité ou de longueur des mots. Elle ne peut non plus s’expliquer par des facteurs facilitateurs liés aux tâches proposées, comme par exemple le fait que les nombres soient surreprésentés dans les listes.
– La même dissociation est enregistrée dans des épreuves d’écriture.
– Enfin, il est montré que l’accès aux représentations orthographiques et phonologiques d’entrée (tâches de décision lexicale écrite et auditive) est totalement préservé. De même, l’accès aux représentations phonologiques de sortie des mots paraît préservé (tâches de répétition).



En conclusion, l’apparition de la préservation catégorielle spécifique des nombres en lecture et en écriture est la conséquence, d’une part d’une préservation de cette catégorie au niveau sémantique et, d’autre part, d’un trouble des mécanismes de conversion des graphèmes en phonèmes et des phonèmes en graphèmes.

Cette étude de cas semble démontrer que les voies sémantiques d’adressage (en lecture et en écriture) sont suffisantes pour tous les types de mots, que ceux-ci soient réguliers, irréguliers ou exceptionnels. En particulier, les performances de IH tendent à montrer que la voie sémantique ne contribue pas plus à la lecture des mots irréguliers que des mots réguliers, comme cela a été suggéré par certains.
Par ailleurs, la qualité des représentations sémantiques des mots ne semble pas devoir être considérée comme un « ciment » indispensable à la qualité des représentations strictement lexicales d’entrée et de sortie.
Enfin, les auteurs suggèrent (comme d’autres l’ont fait) l’existence de deux systèmes sémantiques anatomiquement distincts. Le système temporal est le système sémantique traditionnel où sont représentées les connaissances relatives aux objets vivants et manufacturés. Le système pariétal concerne la sémantique des nombres et des relations spatiales.

Une dissociation aussi franche entre préservation et altération de différentes catégories sémantiques ne peut sans doute pas être observée pour d’autres catégories car il y a toujours une partie des propriétés fonctionnelles ou sensorielles qui se recouvrent. Les concepts numériques, quant à eux, ne se définissent pas en termes de traits fonctionnels ou sensoriels. Les propriétés sémantiques des nombres seraient sans rapport avec les propriétés qui définissent les diverses catégories sémantiques du système temporal.



Bill

Cognitive Neuropsychology est publié par Psychology Press Ltd, Taylor & Francis Group.
http://www.psypress.co.uk
http://www.tandf.co.uk/journals/pp/02643294.html

Pour consulter diverses publications de Brian Butterworth sur le cerveau mathématique, voyez ICI et ICI.

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