Cerhan & coll, 2002

Auteurs: Cerhan, J.H, Ivnik, R.J., Smith, G.E., Tangalos, E.C., Petersen, R.C., & Boeve, B.F.
Titre: Diagnostic utility of letter fluency, category fluency, and fluency difference scores in Alzheimer’s disease.
Revue: The Clinical Neuropsychologist, 2002, 16 (1), 35-42.

Les tâches de fluence verbale (donner, en un temps limité, le plus de mots possible) peuvent être de nature formelle (les mots doivent commencer par telle lettre) ou catégorielle (les mots doivent appartenir à telle catégorie sémantique). Ces tâches font partie de l’arsenal classiquement utilisé dans les bilans cliniques afin d’estimer l’intégrité des fonctions langagières et exécutives.

Pour les patients atteints de la maladie d’Alzheimer, la grande majorité des études tend à montrer qu’ils sont de manière disproportionnée en échec dans les tâches de fluence catégorielle (FC) alors qu’ils le sont moins ou pas du tout dans les tâches de fluence formelle (FF). Les premières ont un pouvoir élevé de discrimination entre les patients Alzheimer et les sujets «normaux», les secondes non.

Les deux tâches font appel aux fonctions exécutives (attribuées aux lobes frontaux) et requièrent l’accès aux représentations phonologiques de sortie. Mais seule la tâche de FC nécessite l’accès aux représentations sémantiques (lesquelles auraient une localisation plutôt temporale).

La plus grande sensibilité des tests de FC est donc logiquement attribuée à une dégradation de l’accès à la mémoire sémantique en cas de maladie d’Alzheimer.

Selon au moins certains auteurs, la différence de performance entre les deux types de tâches serait moins évidente en cas de démence sous-corticale (maladie de Huntington par exemple), en cas de syndrome de Korsakoff ou en cas Paralysie Supranucléaire Progressive car ces pathologies sont liées à des troubles des fonctions exécutives. Et certaines études tendent même à démontrer que les indices phonologiques au cours des tâches de FC sont efficaces pour les patients atteints de maladie de Huntington ou de Parkinson, mais pas pour les personnes atteintes de maladie d’Alzheimer (DTA).

Quoiqu’il en soit, il est vrai que la différence entre les deux tâches n’est pas systématiquement observée chez les DTA, certains d’entre eux (jusqu’à 30% selon certaines recherches) présentant d’ailleurs une dissociation inverse.

La question posée ici est donc celle de l’utilité diagnostique des tâches de fluence verbale. Les auteurs proposent de ne pas se fonder sur des comparaisons de groupes mais sur des tables de probabilité qui permettent de prédire dans quelle mesure un score X a des chances d’être le reflet d’un trouble cognitif.

Sans enter ici dans les détails des procédures et statistiques, il s’agit de trouver un score (cut score) qui permette de départager au mieux les sujets « normaux » des sujets déments. En d’autres mots la technique permet de fournir une probabilité individualisée quant au fait qu’un sujet qui a un score égal ou inférieur à ce score limite fasse partie du groupe des patients plutôt que de celui des sujets «normaux».

L’étude a porté sur 40 sujets DTA et 221 sujets de contrôle. Elle montre que le score limite (ou inférieur) en FC a au moins 24,5 fois plus de chances d’être observé chez un patient DTA que chez un sujet de contrôle. La sensibilité des tests de FF est bien inférieure puisque ce chiffre n’est que de 2,1.

On trouve dans l’article des tables qui devraient aider le clinicien à étayer son diagnostic. Malheureusement, l’étude porte sur des sujets américains et les scores ne sont pas transposables à une population francophone.

L’article est cependant intéressant d’un point de vue méthodologique et l’on pourrait s’en inspirer pour affiner nos outils diagnostiques de démence.

2 Replies to “Cerhan & coll, 2002”

  1. Salut mon poulet Billou…  

    Après tant d’heure de tchat, cela fait longtemps que je ne t’ai plus « fréquenté »… la vie va ainsi…

    De fait, cet article dit des choses vraies… mais méchamment connues… on sait que la maladie d’Alzheimer touche les noyaux cholinergiques, les centres de la mémoire épisodique, puis, et pour rester strictement « langage », les structures anatomiques impliquées dans la production neurolinguistique, affectant en première ligne l’accès strict au lexique (le fameux manque du mot du dément qui a le mot sur le bout de la langue), puis progressivement les représentations sémantico-conceptuelles.

    Ces perturbations du sens des choses auraient-elles des répercussions directes sur les apraxies ? Comment un objet s’utilise-t-il, à quoi sert-il, pourquoi l’utiliser ?

    Donc, OUI, la dissociation entre les deux formes de « fluence » est un outil diagnostique, mais, OUI AUSSI, elles le sont depuis longtemps, et sont d’ailleurs une des clés logopédiques du diagnostic différentiel démence d’Alzheimer Vs Démence fronto-temporale Vs démence vasculaire…

    Bisou Billou

    Loran

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