La stimulation de l’intention verbale par le geste (3)

Crosson, B., Fabrizio, K., S., Singletary, F., Cato, M., A., Wierenga, C., E., Parkinson, R., B., Sherod, M. E., Moore, A., B., Ciampitti, M., Holiway, B., Leon, S., Rodriguez, A., Kendall, D., L., Levy, I., F. & Gonzalez Rothi, L., J. Treatment of naming in nonfluent aphasia through manipulation of intention and attention : A phase 1 comparison of two novel treatments. Journal of the International Neuropsychological Society, 2007, Vol. 13, p. 582-594.

   Cette nouvelle étude inclut un traitement de l’intention et un autre dit de l’attention. Le premier met en jeu une dénomination d’images accompagnée d’un mouvement non symbolique complexe de la main gauche. Le second consiste à placer les images à dénommer dans l’hémi-espace visuel gauche du patient. Cete manipulation de l’attention spatiale a précédemment été utilisée par d’autres auteurs de manière à améliorer les performances en dénomination de patients aphasiquies présentant une lésion pariétale gauche. La manipulation aurait pour effet de maximaliser les processus attentionnels de l’hémisphère droit.

Selon les auteurs de cette recherche, une thérapie de l’attention pourrait effectivement se montrer pertinente en cas d’aphasie car l’attention, comme l’intention, sont des processus de base qui supportent toute la cognition, et donc influencent le langage (Crosson, 2000a, 2000b). C’est pourquoi ces deux aspects sont affectés dans l’aphasie (par ex. Petry et al. 1994). De plus, selon de nombreux auteurs, on peut manipuler ces deux processus pour améliorer les fonctions langagières (Anderson, 1996 ; Coslett, 1999 ; Coslett et al., 1993).

La méthodologie sélectionnée pour le traitement de l’intention est similaire à celle de l’étude présentée ICI (Richards et al., 2002) (trois phases, lignes de base pré-traitement…). Les deux types de traitement sont attribués aux patients suivant un ordre aléatoire. Au fur et à mesure des phases de la recherche, les manipulations y sont progressivement réduites afin qu’un transfert dans la vie quotidienne des patients soit possible.
La population de cette étude comprend 34 patients aphasiques chroniques non fluents.

En résumé, d’une part les mouvements de la main gauche activeraient les mécanismes de l’intention de l’hémisphère droit et faciliteraient le transfert de la production du langage dans le cortex frontal latéral droit. Et d’autre part, la vision des images dans l’hémi-espace gauche du sujet activerait les mécanismes de l’attention de l’hémisphère droit et faciliterait l’activité des processus langagiers dans le cortex périsylvien postérieur droit.

Les hypothèses de travail sont au nombre de trois. Premièrement, les deux types de traitement devraient amener à des progrès significatifs en tâche de dénomination d’images. Ensuite, la réponse au traitement serait plus importante pour le traitement de l’intention que pour celui de l’attention. Et finalement, l’amélioration en dénomination porterait sur les items entraînés et se généraliserait aux items non entraînés.

Pour l’analyse des résultats, les auteurs ont formé deux groupes de sujets.
Le premier groupe présentait un manque du mot modéré à sévère. Pour celui-ci, les trois hypothèses se sont vérifiées.
Le second groupe était constitué de sujets présentant un profond manque du mot. Ces sujets-ci ont montré de meilleures performances après les traitements mais les effets obtenus étaient moins robustes. De plus, les auteurs n’ont pas noté de traitement plus efficace que l’autre pour ce groupe. Et enfin, les performances des sujets de ce second groupe ont montré une généralisation aux items non entraînés, mais uniquement lors du traitement de l’attention.

Ainsi, le traitement de l’attention a eu plus d’effet qu’attendu.

Quelques interprétations possibles ont été émises. La première vient de Coslett (1999) qui a trouvé que les patients avec des lésions pariétales amélioraient leurs performances langagières avec une manipulation similaire. Or les patients présentant une aphasie non fluente chronique montrent le plus généralement des lésions étendues au sein du lobe pariétal (Alexander, 2003). Ensuite, il se pourrait que le traitement de l’attention implique un élément de l’intention (tourner la tête et les yeux à gauche) et donc amènerait de tels effets thérapeutiques. Mais encore, les auteurs ont indiqué que les structures de base des deux thérapies pourraient être plus puissantes que ce qui a été estimé. Finalement, une dernière possibilité a été de dire que la longueur des traitements (30 sessions) était plus importante que dans la majorité des études mentionnées dans la littérature. Ceci pourrait avoir accentué l’effet du traitement.

En outre, d’autres hypothèses ont été présentées pour tenter d’expliquer l’effet obtenu par le second groupe de l’étude. Pour rappel, les sujets présentant un profond manque du mot ont montré un effet moins important dû aux traitements par rapport au premier groupe, pour lequel le manque du mot n’était pas si présent. Ainsi, pour que l’hémisphère droit assume les fonctions de la production de mots, il pourrait être nécessaire qu’un code lexical soit préservé dans une certaine forme au sein de l’hémisphère gauche. Et bien que certains pensent que la production et la compréhension sont soutenues par différents lexiques, il y a des raisons de penser que les codes pour la compréhension et la production sont partagés. Par exemple, si nous pensons à une idée en utilisant des mots, nous pouvons « entendre » ces mots même si nous ne les prononçons pas, ce qui indique que les mots que nous produisons sont compris. Sans prononcer les mots, cette sorte de compréhension devrait pourtant nécessiter l’apprentissage du code de production. Ainsi, la préservation des codes linguistiques pour la compréhension pourrait être nécessaire pour arriver à une modification optimale des fonctions de production du langage dans l’hémisphère droit. Par ailleurs, cette idée est en accord avec des études antérieures dans lesquelles les patients avec une meilleure compréhension montrent une meilleure réponse au traitement de l’intention (Cato et al., 2004b).

Image extraite de :
http://schwann.free.fr/Langage01.html

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