FT – Vaccination et troubles autistiques

 

Fiche Technique :

Vaccination et troubles autistiques

 
 

Problématique : la vaccination et toute stimulation du système immunitaire pourraient-elles favoriser/provoquer l’apparition de troubles autistiques 

Mots-clés : autisme – vaccination – vaccin rougeole-rubéole-oreillons (R.O.R.) – inflammation des muqueuses intestinales

Sources Medline 040101 sur la période 1996-2000

Résultats à partir des mots clés : Autism AND MMR => 41 références ; Autism AND vaccination => 17 références

Date rédaction de la fiche : 5 janvier 2001
Auteur : Lazartigues Alain, pédopsychiatre

Une polémique s’est développée depuis la publication en février 1998 par Wakefield et collaborateurs d’un travail proposant à partir de l’observation de 11 enfants un lien entre l’autisme, une inflammation des muqueuses intestinales (hyperplasie[1] lymphoïde[2] intestinale et colique) et la vaccination rougeole-rubéole-oreillons (ROR).

Ce travail présente quelques problèmes méthodologiques (erreurs sur certaines références de normalité, imprécis dans les définitions des deux pathologies décrites, pas de critères clairs pour la définition de l’autisme) qui n’enlèvent rien à la constatation rapportée d’une association entre l’apparition de troubles autistiques, dans les heures et jours qui suivent une vaccination de routine. Ces résultats font écho aux hypothèses de l’intervention de perturbation du système immunitaire dans la pathogenèse de l’autisme (Gupta, 2000).

Deux idées se dégagent de ce travail, l’association de l’autisme et d’une pathologie inflammatoire intestinale, et le lien évoqué par les auteurs entre une vaccination et l’apparition de ces deux pathologies.

Le lien entre ces deux pathologies – autisme et inflammation des parois intestinales -, s’il a rencontré quelques échos de cliniciens ayant fait un petit nombre d’observations analogues, n’est pas étayé par l’analyse de diverses cohortes déjà étudiées (Fombonne, 1998). Quant à l’hypothèse d’un lien entre la vaccination et l’autisme, le travail de Wakefield a suscité de vives critiques, en particulier d’épidémiologistes, qui ont souligné l’absence de données venant d’études de population en faveur de l’hypothèse de l’auteur, le biais de recrutement pouvant expliquer les observations qu’il rapporte et qu’aucune autre étude n’a depuis confirmées, en particulier celles portant sur l’incidence de l’autisme avant et après la mise en place de la vaccination systématique. Enfin, l’idée d’un possible lien entre la vaccination ROR et l’apparition de phénomènes inflammatoires du tractus digestif a été récusée dans des travaux faits par l’OMS (1998) et par Peltola (1998).

En effet, en Finlande (Peltola et al, 1998), la vaccination ROR a débuté en 1982. En 1996, environ 3 millions d’enfants, avaient eu ce vaccin. Malgré une surveillance systématique conduisant à la recherche de toutes les manifestations symptomatiques survenant dans les semaines suivant la vaccination, aucun cas analogue à ceux rapportés par Wakefield n’a été répertorié parmi les 31 enfants ayant présenté des symptômes gastro-intestinaux apparus avec un délai de 20 heures à 15 jours. Parmi ces 31 sujets, 20 ont été hospitalisés pour des périodes de quelques jours. Les symptômes gastro-intestinaux les plus fréquents ont été par ordre de fréquence décroissante diarrhées, vomissements, gingivo-stomatites[3] et douleurs abdominales. Les symptômes neurologiques associés aux manifestations étaient des convulsions hyperpyrétiques[4] (5 enfants), des céphalées, et un épisode ataxique[5] rapidement résolutif. En Angleterre (Taylor et al, 1999), la vaccination ROR a été introduite en 1988, et l’analyse de l’incidence annuelle de l’autisme (pour des enfants de huit secteurs sanitaires nés entre 1979 et 1992) montre qu’elle n’a pas été modifiée brutalement à partir de cette date-là, alors qu’il existe une tendance à une élévation régulière de cette incidence au fil des années depuis les années quatre vingt.

La polémique a néanmoins continué très vivement dans le Lancet comme dans le BMJ (British medical journal). Il y a eu la publication de lettres de parents rapportant la survenue des premiers troubles autistiques de leur enfant au décours d’une vaccination, des interventions médiatiques de Wakefield et de ses collaborateurs soutenant leur idée et la développant avec des arguments plus médiatiques que scientifiques, tout en annonçant de nouvelles études à venir. Des responsables de programmes de vaccinations sont également intervenus de façon très vigoureuse, rappelant les effets délétères d’une polémique analogue survenue en Angleterre (Nicoll et al., 1998) dans les années 70, suite à l’information selon laquelle le vaccin de la coqueluche induisait un risque plus élevé d’autisme, s’en est suivie une chute de la couverture vaccinale de la coqueluche de 90% à 30 % des enfants, et 70 morts imputés à plusieurs épidémies de coqueluche apparues dans les années qui suivirent. Des professionnels de terrain, pédiatres, médecins de l’équivalent en Angleterre de la PMI insistèrent à la fois sur l’intérêt de la vaccination, sur des effets secondaires parfois sous-estimés par les spécialistes de santé publique, et sur l’inquiétude des parents et la nécessité de répondre à leurs interrogations. On peut résumer la situation actuelle de ce débat, souvent perturbé par des diatribes bien éloignées du domaine scientifique et dont la teneur surprend dans une revue aussi sérieuse que le Lancet, par les titres de deux articles récents du même journal : « La vaccination rougeole-rubéole-oreillons et l’autisme : la confusion continue » (éditorial, 22 avril 2000) et, dans un registre plus neutre « La question de la vaccination rougeole-rubéole-oreillons » (Lettres des lecteurs, 8 juillet 2000). 

Au total, il ne semble pas exister à l’heure actuelle d’arguments solides en faveur d’un lien entre la vaccination rougeole-rubéole-oreillons et l’apparition de troubles autistiques au décours de cette vaccination, pas plus qu’entre la vaccination ROR et l’apparition d’une inflammation des parois intestinales. Le lien possible entre troubles autistiques et inflammation intestinale ne semble pas plus étayé, en dehors des résultats de la publication princeps de Wakefield, pour le moment non-répliqués.

Bibliographie

o       Fombonne Eric (1998) Inflammatory bowel disease and autism. Lancet, 351, March 28, 955.

o       Gupta Sudhir (2000) Immunological treatments for autism. J Autism Develop Disorders, 30, 5, 475-479.

o       Nicoll Angus, Elliman David, Ross Euan (1998) MMR vaccination and autism 1998. Déjà vu – pertussis and brain damage 1974? BMJ, 316, 7 March, 715-716.

o       OMS (1998) Expanded programme on immunization (EPI) – association between measles infection and the occurrence of chronic inflammatory bowel disease. Wkly Epidemiol Rec, 73, 167-41.

o       Peltola Heikki, Patja Annamri, Leinikki Pauli, Valle Martti, Davidkin Irja, Paunio Millo (1998) No evidence for measles, mumps, and rubella vaccine-associated inflammatory bowel disease or autism in a 14-year prospective study. Lancet, 351, May 2, 1327-1328.

o       Taylor Brent, Miller Elizabeth, Farrington Paddy, Petropoulons Maria-Christina, Favot-Mayaud Isabelle, Li Jun, Waight Pauline (1999) Autism and measles, mumps, and rubella vaccine : no epidmiological evidence for a causal association. Lancet, 353, June 12, 2026.

o       Wakefield et al (1998) Ileal-lymphoid-nodular hyperplasia, non-specific colitis, and pervasive developmental disorder in children. Lancet, 351, February 28, 637-641.


[1] Hyperplasie : développement exagéré d’un tissu.

[2] Lymphoïde : éléments du système immunitaire, ici, ganglions lymphoïdes.

[3] Gingivite : inflammation des gencives, stomatite : inflammation de la muqueuse buccale.

[4] Hyperpyrétique : synonyme d’hyperthermique.

[5] Ataxie : incoordination des mouvements volontaires avec conservation de la force musculaire.

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