FT – Sécrétine et autisme

 

Fiche Technique

Sécrétine et troubles autistiques

 
 

Problématique : Le traitement par sécrétine est-il bénéfique pour les troubles autistiques ?

Sources : Medline fait le 03.10.00

Date de rédaction de la fiche : 17 Octobre 2000
Auteur : LEMONNIER Eric, pédopsychiatre, CHU Brest
 
La sécrétine est une hormone de 29 acides aminés secrétés par les cellules du duodénum et de l’intestin. Elle a été découverte en 1902 par Bayliss et Starling. La sécrétion de sécrétine stimule la sécrétion pancréatique d’eau, de bicarbonate et de gastrine. Ce a qui alors pour conséquence d’augmenter le pH de l’estomac. Cette augmentation est renforcée par la baisse des sécrétions acides de l’estomac que la sécrétine provoque également. Enfin, la sécrétine potentialise l’action des cholécystokinines sur le pancréas. Pour être complet, notons qu’elle baisse le tonus intestinal.
 On ne connaît pas de transporteurs de sécrétine au niveau de la barrière hémato-encéphalique. Il faut dire qu’ils n’ont, à ce jour, pas été recherchés. La sécrétine, sans être une grosse molécule, est suffisamment importante pour rendre son transport vers le SNC dépendant d’un transporteur. Notons que les macrophages du SNC sécrètent de la sécrétine, cette hormone est donc retrouvée au sein du SNC.En 1998, un enfant autiste, qui présente une diarrhée accompagnée de vomissement, se voit administrer de la sécrétine pour un test diagnostic (du syndrome de Zollinger-Ellison) (Emission de télévision sur la chaîne NBC, 7 Oct 98).Les psychiatres ont noté une amélioration qu’ils jugèrent spectaculaire en ce qui concerne le langage et la capacité relationnelle. La même année Horvath publie un article portant sur 3 enfants autistes, eux aussi améliorés après une injection de sécrétine (Horvath 98).

Depuis, seules deux études, cas témoin, ont été publiées. L’étude de Sandler en 1999 porte sur 60 enfants, 30 reçoivent de la sécrétine et 30 un placebo. Ce traitement est administré en une injection unique. 9 enfants (33%) du premier groupe et 7 (28%) du second sont améliorés. Il n’y a donc pas de différence significative entre les deux groupes. L’autre étude publiée en 2000 va dans le même sens (Chez et al, 2000). Si l’on en reste là, les études actuellement publiées ne sont pas en faveur d’une action de la sécrétine sur les symptômes autistiques.

La solution de sécrétine injectée contenait 16 mg de sécrétine, 20 mg de mannitol et 1,5 mg de cystéine, le tout dilué dans 8 ml de sérum salé.

Il est intéressant de noter que la cystéine est un acide aminé présent sous forme d’hydrochloride de cystéine dans la solution et qui a pour fonction de stabiliser la sécrétine.

L’hydrochloride de cystéine a une action sur le système nerveux central et sur le système nerveux périphérique. L’injection de 1,5 mg d’hydrochloryde de cystéine a un enfant de 15 kg double le taux sanguin de cystéine.

On connaît un transporteur de la cystéine au niveau de la barrière hémato-encéphalique et on reconnaît à la cystéine au moins deux effets au niveau du système nerveux central :

·        le premier directement en augmentant l’activité de la N méthyl D aspartate qui est un agoniste du glutamate (Le glutamate est un neurotransmetteur présent d’une façon très importante dans le système nerveux central et dont l’action générale est facilitatrice). On attribue à cette augmentation une stimulation globale du SNC qui pourrait expliquer l’hyperactivité que présentent certains enfants après l’injection de sécrétine.

·        Le second indirectement via l’interleukine 2. En effet la cystéine provoque la sécrétion d’interleukine 2 par les lymphocytes. L’interleukine 2 traverse la barrière hémato-encéphalique et a une action directe sur les récepteurs opiacés (agoniste avec effets antalgiques).

Il est possible que d’autres effets nous soient aujourd’hui encore inconnus.

Les articles ne précisent pas ce que contenait le placebo mais il est vraisemblable que ce dernier soit le plus proche possible de la solution de sécrétine « à la sécrétine près ». Dès lors, il est licite de formuler l’hypothèse qu’en réalité, c’est l’hydrochloride de cystéine qui était actif lors des injections de sécrétine. L’amélioration concernerait alors 30% environ des enfants autistes et demanderait à être confirmée par une étude en double aveugle, cystéine versus placebo.

Cette hypothèse est à mettre en regard des travaux portant sur les récepteurs opiacés et l’action de la Naetréxone chez les autistes ainsi que des régimes alimentaires dont on a dit un temps qu’ils permettraient une amélioration des enfants autistes. Précisons que la cystéine est à la fois apportée par l’alimentation et d’origine endogène.
 
Bibliographie :
 

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o       Ho P.K., Fong R.S.M., Kai H. S.T., Lau E.H.Y., Ngan E.S.W., Cotton C.U., (1999) The human secretin receptor gene : genomic organization and promoter characterization. Federation of European Biochemical Societies 455, 209-214.

o    Horvath K., Papadimitriou J.C., Rabsztyn A., Drackenberg C., Tildon J.T. (1999) Gastrointestinal abnormalities in children with autistic disorder. The Journal of pediatrics, 135, 5, 559-563.

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o       Horvath K., Stefanatos G., Sokolski K. N., Wachtel R., Nabors L., Tildon T., (1998) Improved social and langage skills after secretin administration in patients with autistic spectrum disorders.  Journal of the Association for Academic Minority Physicians, 9, 1, 9-15.

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o       Klaeger D. (2000) Secretin in autism – a parent’s perspective. Letters to the Editor. Journal of Autism and Developmental Disorders, 30, 1, 72-73.

o       Plioplys A.V. (2000) Intravenous immunoglobulin treatment in autism. Letters to the Editor. Journal of Autism and Developmental Disorders, 30, 1, 73.

o       Rimland (2000) Comments on « secretin and autism : A two-part clinical investigation » by M.G. Chez et Al. Journal of Autism and Developmental disorders, 30, 2, 95-98.

o       Sandler A.D., Sutton K.A., DeWeese J., Girardi M.A., Sheppard V., Bodish J.W. (1999) Lack of benefit of a single dose of synthetic human secretin in the treatment of autism and pervasive developmental disorder. The New England Journal of Medecin, 341, 24, 1801-1806.

o       Volkmar F.R, (2000) Pddnos in DSM-UV. . Letters to the Editor. Journal of Autism and Developmental Disorders, 30, 1,74-75

3 Replies to “FT – Sécrétine et autisme”

  1. Pingback : Fiches techniques Autisme du CIERA (Nantes) | Pontt

  2. En relisant cette fiche, je m’interroge. En effet, la sécrétine n’a sans doute aucun effet bénéfique. Mais on laisse entendre que la cystéine pourrait en avoir sur 30% des enfants autistes. J’ai donc un peu cherché sur le net et je n’ai pas trouvé de confirmation claire. Peut-être que tout ce qui est enregistré dans ces études est bien un effet purement placebo. Et il faut sans doute bien dire aussi que la cystéine a de nombreux effets secondaires néfastes sur le SNC.
    Mais je suis loin d’être un spécialiste. Je n’y connais rien pour être exact. Ma remarque n’est donc que le reflet d’un souhait de précision et de refus des médicalisations "abusives" (non justifiées ou trop précocément suggérées aux familles des autistes).
    Je reste à l’écoute de celles et ceux qui en savent plus.

  3. Voici, pour info, un article de Michel FAVRE, vice-président de Pro Aid Autisme, directeur de recherche INSERM et chef d’Unité à l’Institut Pasteur de Paris, paru en septembre 2005 dans la revue La Forteresse Éclatée (n° 63).

    "Traitement et recherche dans l’autisme : un problème d’éthique. Les familles de personnes atteintes d’autisme sont-elles otages du mercantilisme ?"

     PDF

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