Aphasie transcorticale motrice ou dynamique 3

Appropriation de la thèse de Luria

2. Appropriation de la thèse de Luria

2.1. Esmonde et al. (1996)

Esmonde et al. présentent trois patients atteints d’une paralysie supranucléaire progressive (un type de démence sous-corticale caractérisée par des déficits frontaux) et d’une aphasie dynamique.

Sur le plan de la production orale, l’articulation est bonne mais le discours spontané, la description de scènes visuelles et de situations ou activités journalières se limitent à des mots isolés ou à de courtes phrases dans lesquelles on note des erreurs morphologiques et syntaxiques (omission ou mauvaise utilisation d’un mot fonctionnel). Les capacités narratives et discursives sont donc largement altérées : le contenu informatif du discours est pauvre et les patients ont une nette tendance à persévérer.

Le patient ne présente pas de paraphasies phonémiques ou sémantiques. La dénomination (d’images et au départ de descriptions verbales), la répétition et la compréhension sont préservées. La fluence verbale suscitée est déficitaire, mais la fluence sémantique est un peu mieux préservée que la fluence phonologique.

A une épreuve de complétion de phrases par un seul mot, un des patients (1) n’est pas testable tandis que les deux autres commettent chacun 12 erreurs sur les 40 phrases à compléter. Vingt phrases ont des choix très limités comme pour « il envoie une lettre sans… », les vingt autres sont très ouvertes comme pour « la femme perdit son… ». Malheureusement (voir plus loin), les auteurs ne disent pas si cette variable influence les performances des patients. Les erreurs sont des non réponses, des persévérations et des productions écholaliques.

Lorsque la phrase est à compléter par une autre phrase, le patient non testable (1) dans l’épreuve précédente l’est toujours, et les deux autres patients ont des difficultés encore plus importantes.
L’un produit des réponses étranges qui ne tiennent pas compte de l’information prosodique et sémantique, et le deuxième ne commet aucune erreur mais ne fournit que 30% de réponses.

En ce qui concerne le versant réceptif, les performances sont nettement supérieures : les tests d’appariements mot/images sont très bien réussis, les classifications sémantiques sont parfaites, l’association de mots par leurs attributs fonctionnels ne pose aucun problème, et la compréhension morphosyntaxique est également préservée chez les trois patients.

Face à ces différents résultats, les auteurs situent le déficit au niveau de la production verbale. Cependant, il ne faut pas oublier que la répétition est largement préservée : les patients ne commettent aucune erreur en répétition de phrases ou de mots (bien que ceci n’ait pas été formellement testé).
Les auteurs adoptent l’hypothèse de Luria. Leurs patients atteints d’adynamie n’éprouvent pas de difficultés dans les tâches de dénomination et de répétition, mais leur expression verbale serait altérée à cause d’une distorsion dans l’élaboration des schèmes linéaires de la phrase (dont le plan idéique serait bien élaboré).

Ainsi Esmonde et al. interprètent le pattern des troubles de leur patient comme étant la conséquence d’un déficit de la planification linguistique. Nous pouvons cependant nous demander alors pourquoi ils éprouvent de telles difficultés à compléter des phrases par un seul mot. Comme mentionné plus haut, les auteurs lient aussi l’adynamie à un déficit du monitoring des réponses verbales, lequel reflète un déficit des fonctions exécutives responsables de la planification linguistique.

2.2. Snowden et al. (1996)

Les auteurs présentent une patiente (KC) dont les troubles du langage sont progressifs et sont associés à une dégénérescence des lobes frontaux.

Comme les patients de Esmonde et al., KC présente une réduction majeure de son langage propositionnel et des troubles syntaxiques modérés. Sa compréhension, son articulation et ses capacités de répétition sont bonnes.

KC ne peut pas remettre dans l’ordre des cartons où sont inscrits les mots de phrases, mais ce déficit est lié à la modalité de production puisqu’elle verbalise correctement les phrases qu’elle ne peut pas ordonner manuellement.

Contrairement aux patients de Esmonde, elle n’éprouve pas de difficultés à générer des énoncés mais est largement mise en difficulté lorsque les tâches impliquent une intégration temporelle ou séquentielle comme dans le test du reporter (De Renzi et Ferrari, 1978) où il faut décrire ce que l’examinateur a fait (« vous avez fait ceci, puis cela, … »).

Les auteurs en concluent que ses difficultés sont conformes à ce que prédit l’hypothèse de Luria : c’est le transcodage d’une intention ou d’un plan en un schéma linéaire de phrase qui serait déficitaire.

Références :

Esmonde, T., Giles, E., Xuereb, J., & Hodges, J. (1996). Progressive supranuclear palsy presenting with dynamic aphasia. Journal of neurology, neurosurgery and psychiatry, 60, 403-410.

Snowden, J.S., Griffiths, H.L., & Neary, D. (1996). Progressive language disorder associated with frontal lobe degeneration. Neurocase, 2, 429-4440.

 

Journal of neurology, neurosurgery and psychiatry :
http://jnnp.bmjjournals.com/

http://www.ingenta.com/journals/browse/bmj/jnnp

Neurocase :
http://www.tandf.co.uk/journals/titles/13554794.asp

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